Tous les articles La concurrence toxique entre coachs : pourquoi elle te freine plus qu'elle ne te pousse
Se professionnaliser, vraiment

La concurrence toxique entre coachs : pourquoi elle te freine plus qu'elle ne te pousse

Manon Gaulard 1 juin 2026 9 min de lecture
positionnementcoach sportifcommunautéconfiancedifférenciation

Dimanche soir, 22h14. Je devrais dormir.

Au lieu de ça, je suis sur le compte Instagram d'un autre coach. Un type que je ne connais pas, qui poste des vidéos parfaites — éclairage léché, athlètes qui soulèvent lourd, témoignages clients en story, « 30 places parties en 48h ». Et je fais ce que je me suis juré de ne plus faire : je compare. Son nombre d'abonnés au mien. Ses retours dithyrambiques aux miens. Sa vie de coach apparemment fluide à mes semaines où je jongle entre dix sportifs, des relances, et un site web qui rame.

En dix minutes de scroll, j'ai réussi à me convaincre que je faisais ce métier moins bien que lui. Que j'étais en retard. Que j'aurais dû, moi aussi, poster plus, vendre mieux, paraître plus sûre de moi.

Le lendemain matin, un de mes sportifs m'a envoyé un message : « Manon, je voulais te dire — depuis que je bosse avec toi, c'est la première fois que j'ai l'impression d'être suivi pour de vrai. Merci. »

Et là, j'ai compris quelque chose. La veille au soir, j'avais comparé ma réalité — complète, brute, avec ses doutes et ses victoires invisibles — à la vitrine d'un autre. Ce n'est pas une compétition. C'est un piège. Et il nous freine tous, beaucoup plus qu'il ne nous pousse.

C'est de ça dont je veux te parler aujourd'hui. Pas de stratégie. De la chose dont personne ne parle entre coachs : cette concurrence sourde, permanente, toxique, qui nous fait courir dans la mauvaise direction.


La comparaison est devenue le sport quotidien des coachs

On ne se l'avoue pas, mais on le fait tous. Plusieurs fois par jour.

On ouvre Instagram « pour deux minutes » et on tombe sur un confrère qui annonce un nouveau record de ventes. On regarde les commentaires sous le post d'une consœur. On compte. On évalue. On se situe. Et systématiquement, on se situe par rapport à ce que l'autre choisit de montrer.

Le problème n'est pas nouveau — les humains se comparent depuis toujours. Ce qui est nouveau, c'est l'intensité et la fréquence. Avant, tu croisais tes concurrents une fois par an sur un salon. Aujourd'hui, tu as accès en continu à la vitrine soigneusement construite de centaines d'entre eux, dans ta poche, à portée de pouce, 24h/24.

Et cette vitrine n'est pas la réalité. C'est le métier de tout le monde, sur les réseaux, de ne montrer que le haut de la courbe : les lancements qui cartonnent, jamais ceux qui font flop. Les témoignages clients, jamais les clients qui partent. La posture assurée, jamais le doute du dimanche soir.

Tu compares ton envers du décor à l'endroit des autres. C'est une bataille perdue d'avance, parce que les règles sont truquées.


Ce que tu vois chez l'autre n'existe pas vraiment

Voilà ce que j'ai mis des années à intégrer : le compte d'un confrère ne t'apprend presque rien sur lui, et absolument rien sur toi.

Ce coach aux vidéos parfaites ? Tu ne sais pas s'il a 3 clients ou 30. Tu ne sais pas si ses « 30 places » étaient réelles ou un ressort marketing. Tu ne sais pas s'il dort la nuit, s'il vit de son activité, s'il fidélise ses sportifs ou s'ils défilent et repartent. Tu vois une mise en scène, et tu en tires des conclusions sur ta propre valeur.

C'est comme juger la solidité d'une maison en regardant uniquement la façade repeinte pour la photo.

Et même quand la réussite de l'autre est réelle — parce qu'il y a, évidemment, des coachs qui cartonnent vraiment — sa réussite ne dit rien de la tienne. Vous n'avez pas le même parcours, pas la même cible, pas le même style, pas les mêmes contraintes de vie. Calquer ta trajectoire sur la sienne, c'est vouloir gagner une course en regardant le couloir d'à côté au lieu de regarder devant toi.

La comparaison te donne l'illusion d'une information. En réalité, elle ne te donne que de l'anxiété.


Pourquoi la comparaison te freine concrètement

Ce n'est pas qu'une question de moral du dimanche soir. La concurrence toxique a des effets très concrets sur ta pratique et sur ton activité.

Elle te pousse à copier au lieu de te différencier

Quand tu passes ta semaine à regarder ce que font les autres, tu finis par leur ressembler. Tu adoptes leurs formats, leur ton, leurs offres, leurs angles. Tu deviens une version diluée d'un coach qui, lui, a au moins le mérite d'être l'original.

Or ce qui fait qu'un sportif te choisit toi, ce n'est jamais que tu fais comme tout le monde. C'est ta différence. Ta façon à toi d'accompagner, ton exigence, ta personnalité, ce que tu vois et que les autres ne voient pas. La comparaison gomme exactement ce qui te rend unique.

Elle te fait mépriser tes propres résultats

C'est l'effet le plus insidieux. Tu peux avoir des sportifs qui progressent, qui restent des années, qui te recommandent — et te sentir nulle, parce qu'un inconnu sur internet semble faire « mieux ». Tu dévalues tes vraies victoires parce qu'elles ne ressemblent pas à la vitrine d'en face.

Le message de mon sportif, ce lundi matin, valait dix fois plus que n'importe quel chiffre d'abonnés. Mais la veille, j'étais incapable de le voir, aveuglée par une comparaison qui n'avait aucun sens.

Elle paralyse

À force de te dire que les autres sont meilleurs, plus avancés, plus légitimes, tu n'oses plus. Tu repousses ton offre, ton lancement, ta prise de parole. Le syndrome de l'imposteur, chez les coachs, est très largement nourri par cette comparaison permanente. On ne se lance pas parce qu'on attend d'être « au niveau » d'un niveau qui, lui-même, est une illusion.


La vraie concurrence n'est pas celle que tu crois

Voici la bonne nouvelle, et elle est libératrice : le marché du coaching est immense, et il n'est pas un gâteau à part fixe.

On a tendance à raisonner comme si chaque client gagné par un autre coach était un client perdu pour soi. C'est faux. Des millions de personnes ne sont accompagnées par personne. Énormément de sportifs abandonnent faute d'un suivi à la hauteur. Le vrai « concurrent », ce n'est pas le coach d'à côté — c'est l'inaction, le suivi bricolé, le sportif qui décroche dans le silence.

Ton confrère qui réussit ne te prend rien. Il prouve même qu'il y a de la demande. Et le sportif qui te correspond, à toi — ta cible, ton style, tes valeurs — ne sera jamais parfaitement servi par un autre coach. Il t'attend, toi.

La seule personne à qui ça vaut le coup de te comparer, c'est toi, il y a six mois. Est-ce que tu accompagnes mieux qu'avant ? Est-ce que tes sportifs progressent davantage, restent plus longtemps, se sentent mieux suivis ? Ça, c'est une comparaison utile. Le reste, c'est du bruit.


Où regarder à la place

Si tu détournes ton attention des autres coachs, où la mettre ? Sur les deux seuls terrains qui font vraiment grandir une activité de coaching.

Sur tes sportifs. Pas sur le compte d'un inconnu, mais sur ce qui se passe réellement chez les gens que tu accompagnes. Leur état entre les séances, leurs signaux faibles, leur progression, leur fidélité. C'est là que se construit ta réputation — la vraie, celle du bouche-à-oreille, pas celle des likes. D'ailleurs, ce qui te différencie le plus durablement d'un confrère, ce n'est pas ton feed : c'est ta capacité à voir ce que les autres ne voient pas chez tes athlètes. J'ai raconté en détail à quoi ressemble ce niveau de suivi dans cet article sur ce que cache vraiment le « ça va » de tes sportifs.

Sur ton propre style. Plutôt que de copier la posture d'un autre, le plus rentable — pour ta tête comme pour ton activité — c'est de clarifier qui tu es comme coach. Quelle est ta force ? Ton type d'accompagnement ? Ce pour quoi tes meilleurs clients te choisissent ? Si tu n'as jamais posé ça noir sur blanc, on a justement construit un petit quiz pour identifier ton type de coach — pas pour te ranger dans une case, mais pour t'aider à assumer ta singularité au lieu de la diluer.

Le jour où tu sais précisément ce que tu apportes et à qui, le compte Instagram du voisin perd instantanément son pouvoir sur toi. Tu n'es plus en compétition avec lui : tu joues un autre sport.


Comment je m'en suis sortie (et ce que je m'applique encore)

Je ne vais pas te dire que j'ai arrêté de me comparer du jour au lendemain. C'est un réflexe, et les réflexes se déconstruisent lentement. Mais voilà les trois règles que je m'applique, et qui ont changé mon rapport au métier.

Un : je ne consomme plus les comptes qui me font me sentir mal. Pas par déni — par hygiène. Si un compte déclenche systématiquement chez moi de la comparaison anxieuse, je me désabonne ou je le mets en sourdine. Mon attention est une ressource limitée ; je refuse de la dépenser à me dévaloriser.

Deux : je garde une trace de mes vraies victoires. Les messages de sportifs, les progressions, les renouvellements. Quand le doute monte, je relis ça plutôt que de scroller. Ce sont mes données à moi, et elles valent infiniment plus que celles de la vitrine d'en face.

Trois : quand je croise un coach qui réussit, je me demande ce que je peux apprendre, pas ce que ça dit de ma valeur. La nuance change tout. La curiosité fait grandir ; la comparaison rabaisse. Le même feed peut être un poison ou une ressource, selon l'intention avec laquelle tu le regardes.

Et surtout, je me rappelle que les coachs qui durent ne sont pas ceux qui passent le plus de temps à surveiller les autres. Ce sont ceux qui passent le plus de temps à devenir excellents pour leurs sportifs.


Le métier ne se joue pas dans le feed des autres

La concurrence toxique, c'est une distraction déguisée en information. Elle te fait croire que tu apprends quelque chose d'utile alors qu'elle ne fait que t'éloigner de ce qui compte : la qualité de ce que tu fais, pour les gens que tu accompagnes vraiment.

Le coach que tu admires de loin a, lui aussi, ses dimanches soir de doute. Tu ne les vois juste pas. Alors arrête de comparer ta réalité à sa vitrine. Regarde tes sportifs, regarde ton chemin parcouru, assume ce qui te rend différent.

C'est là, et nulle part ailleurs, que se construit une activité de coaching solide.

Si tu veux qu'on échange sur ta façon de te positionner et de structurer ton accompagnement — sans posture, juste entre coachs — tu peux réserver 30 minutes en visio avec moi. Je suis coach moi aussi, et le dimanche soir sur Instagram, je connais.


Manon Gaulard est préparatrice physique et mentale certifiée, cofondatrice de Teeltrack. Elle accompagne des sportifs en Hyrox et dans d'autres disciplines depuis plus de 5 ans.