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Cycle menstruel et performance sportive : ce que ta coachée ne t'a pas dit cette semaine

Manon Gaulard 4 mai 2026 22 min de lecture
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J'ai eu cette conversation il y a quelques semaines avec Julie, une de mes coachées.

On finissait une séance compliquée. Elle avait peiné sur des charges qu'elle soulevait sans broncher la semaine d'avant. Elle s'excusait presque. « Je sais pas ce qui m'arrive, je suis nulle aujourd'hui. »

Je lui ai posé la question, en passant : « T'es où dans ton cycle ? »

Silence. Puis : « Ah ouais... j'ai mes règles dans deux jours en fait. »

Elle a souri, un peu gênée. Comme si c'était un détail. Comme si ce n'était pas censé compter. Comme si me le dire la rendait moins sportive, plus fragile, moins « pro ».

Ce moment-là, je l'ai vécu plusieurs fois avec plusieurs coachées différentes. Et chaque fois, la même réaction : le cycle est cette variable que les sportives connaissent intuitivement, qu'elles vivent dans leur corps chaque mois, et dont elles ne parlent presque jamais à leur coach.

Pas par pudeur. Pas par tabou — enfin, pas seulement. Mais parce que personne ne leur a jamais dit que c'était une donnée d'entraînement légitime. Parce que, honnêtement, la plupart des coachs n'ont pas été formés là-dessus. Parce que le sujet est tellement sensible et la science tellement nuancée que tout le monde marche sur des œufs.

Et pourtant, c'est probablement la variable d'entraînement que tu prends le moins en compte alors qu'elle influence chaque séance de tes coachées.

Cet article, c'est ce que j'aurais aimé lire quand j'ai commencé à coacher des femmes. Ni recettes miracles, ni pseudo-science. Juste ce que la recherche dit aujourd'hui — et ce qu'on peut en faire dans une pratique concrète de coach.


Pourquoi on en parle si peu (et pourquoi ça change)

Pendant longtemps, la recherche en physiologie de l'exercice a été conduite presque exclusivement sur des hommes. Pour des raisons méthodologiques : le cycle menstruel introduit des variations hormonales que les chercheurs jugeaient « gênantes » à contrôler. Plus simple d'étudier des hommes.

Résultat : pendant 50 ans, les recommandations d'entraînement qu'on enseignait aux coachs étaient extrapolées de données masculines, appliquées à des femmes, sans qu'on questionne sérieusement si ça avait du sens.

Ça change. Lentement, mais ça change.

Depuis 2020, on voit une vraie accélération de la recherche sur la femme sportive. Des méta-analyses sortent chaque année. La FIFA finance en 2025 une étude prospective sur le lien entre cycle menstruel et ruptures de ligaments croisés à l'Université Kingston de Londres. Les fédérations commencent à intégrer le suivi du cycle dans le suivi des athlètes élite. Des chercheuses comme Stacy Sims, Kirsty Elliott-Sale ou Kelly McNulty publient régulièrement sur le sujet et leur travail commence à être lu en dehors des laboratoires.

Mais cette recherche reste mal vulgarisée. Et elle a deux écueils opposés :

D'un côté, des affirmations excessives — « il faut s'entraîner moins en phase lutéale », « la phase folliculaire c'est la phase de la performance ». Ces phrases circulent partout, présentées comme des évidences, alors que la science est beaucoup plus nuancée.

De l'autre, un rejet total du sujet — « les études ne montrent pas d'effet significatif, donc on ignore le cycle ». Cette position, bien que plus défendable scientifiquement, ignore l'expérience subjective des sportives et passe à côté d'une donnée précieuse pour la programmation individualisée.

La vérité, comme souvent, est dans l'entre-deux. Et c'est exactement là qu'un coach qui sait s'y retrouver fait la différence.


Ce que la recherche dit vraiment (et pourquoi c'est plus subtil que tu ne le crois)

L'effet moyen est faible. La variation individuelle est énorme.

La méta-analyse de référence sur le sujet, c'est celle de McNulty et al., publiée dans Sports Medicine en 2020. Elle a passé en revue 78 études sur l'effet du cycle menstruel sur la performance sportive, chez des femmes ayant un cycle régulier sans contraception hormonale.

La conclusion est claire — et inconfortable pour ceux qui aiment les recettes simples : l'effet moyen du cycle sur la performance est trivial. Les performances peuvent être très légèrement réduites en phase folliculaire précoce (les premiers jours du cycle), mais l'écart est tellement faible que pour la majorité des sportives, il est cliniquement non significatif.

Ce qui est important, c'est ce qui vient après cette conclusion. Les auteurs eux-mêmes recommandent d'adopter une approche individualisée, basée sur la réponse spécifique de chaque femme — parce que la variation entre les études et entre les individus est énorme. Ce qui est trivial en moyenne peut être très significatif pour une sportive en particulier.

C'est exactement ce que tu retrouves dans une revue systématique parue en 2025 dans Journal of Applied Physiology : avec les standards méthodologiques les plus rigoureux (validation hormonale par prise de sang, détection du pic de LH), plus de la moitié des études récentes rapportent des effets significatifs sur au moins un indicateur de performance — typiquement l'endurance sous-maximale, la coordination neuromusculaire ou l'agilité.

Traduction : ce n'est pas que le cycle n'a pas d'effet. C'est que l'effet n'est pas le même pour toutes, et qu'il se cache souvent derrière des moyennes qui le diluent.

La force maximale varie selon les phases — un peu

Une méta-analyse de Niering et al. publiée en 2024 dans Sports s'est concentrée spécifiquement sur la force maximale, en compilant 22 études et 433 sportives. Les résultats sont plus nets que pour la performance globale :

  • Phase folliculaire précoce (les premiers jours, pendant les règles) : la moins favorable pour toutes les classes de force testées.
  • Phase folliculaire tardive (juste avant l'ovulation) : pic de force isométrique et dynamique. C'est probablement la fenêtre où une coachée peut soulever le plus lourd.
  • Phase ovulatoire (autour du jour 14) : pic de force, vraisemblablement lié à la pointe de LH qui stimule la testostérone.
  • Phase lutéale tardive (la semaine pré-règles) : la moins favorable, probablement à cause de la chute d'œstrogène et la montée de progestérone.

Encore une fois, les effets sont petits à modérés. On parle d'une variation de quelques pourcents au mieux. Mais pour une coachée qui prépare une compétition ou qui cherche à battre son record, ces quelques pourcents comptent.

Le mental et la perception de l'effort, c'est une autre histoire

C'est probablement là que la dimension du cycle est la plus visible — et la plus sous-estimée par les coachs.

Une étude prospective publiée en 2026 dans Scientific Reports a suivi 18 athlètes féminines sur six phases hormonalement validées du cycle. Les chercheurs ont mesuré non seulement la performance physique, mais aussi des indicateurs psychologiques : humeur, motivation, fatigue, qualité de sommeil, perception de l'effort.

Les résultats ?

« Les scores de fatigue et de dépression augmentent, et le score de vigueur diminue, en phase lutéale tardive. »

Ce que vivent tes coachées la semaine avant leurs règles, ce n'est pas dans leur tête. C'est mesurable. La fatigue subjective est plus haute, l'humeur plus basse, l'énergie disponible plus faible. La performance physique pure peut tenir le coup — mais le coût mental pour la maintenir augmente.

Et c'est là qu'une donnée intéressante émerge de cette même étude : chez les sportives, la performance dynamique en demi-squat était corrélée négativement avec les scores de dépression (r = −0.60). Plus la coachée se sentait mal mentalement, moins elle performait sur cet exercice. Pas spectaculaire, mais réel.

Ces données comptent. Pas parce qu'elles bouleversent chaque séance, mais parce qu'elles changent la lecture que tu fais de ta coachée semaine après semaine. Le jour où elle sort d'une séance frustrée, où elle soulève moins lourd que la semaine d'avant, où elle se demande si elle régresse — savoir qu'elle est en lutéale tardive te permet d'intervenir intelligemment plutôt que de la pousser à compenser. Et surtout : ne pas confondre une variation physiologique attendue avec un signal d'alerte ou une régression.


Les quatre phases — ce qui change vraiment, ce qui ne change pas

Pour qu'on parle le même langage, voilà comment je découpe le cycle dans ma pratique. C'est une simplification — un cycle réel a six sous-phases hormonalement distinctes — mais ça suffit pour la programmation.

Phase folliculaire précoce (jours 1 à 7) — les règles et juste après

C'est la phase où l'œstrogène et la progestérone sont à leur niveau le plus bas. Le corps vient de signaler qu'il n'y a pas eu de fécondation, et il « redémarre ».

Ce qu'on observe en moyenne : une légère baisse de la force maximale, une perception de l'effort parfois plus élevée les premiers jours, des symptômes physiques (douleurs, fatigue) très variables selon les sportives.

Ce qui ne change pas : la capacité aérobie. Plusieurs études montrent que l'endurance n'est pas significativement affectée par cette phase. Une coachée peut très bien faire une séance d'endurance de qualité pendant ses règles si elle s'y sent.

Ce que ça implique pour le coach : ne préprogramme pas un repli systématique. Beaucoup de sportives gèrent très bien leurs règles, certaines préfèrent même bouger pendant cette phase parce que l'activité physique réduit leurs symptômes. Il vaut mieux demander et créer la conversation plutôt que de prendre la décision à la place de la sportive.

Phase folliculaire tardive (jours 8 à 13) — la fenêtre forte

L'œstrogène monte progressivement. C'est la phase où le corps se prépare à l'ovulation. Et c'est, statistiquement, la phase où ta coachée a le plus de chance de bien performer.

Ce qu'on observe : pic de force isométrique et dynamique, meilleure récupération entre les efforts, motivation souvent plus haute. L'estradiol a un effet protecteur sur les fibres musculaires et facilite la récupération après des efforts excentriques.

Ce que ça implique pour le coach : si tu as une fenêtre pour programmer du lourd, du test, du record personnel — c'est probablement ici. Pas systématiquement (variations individuelles), mais comme hypothèse de travail c'est solide.

Phase ovulatoire (jours 13 à 15) — pic de pointe et vigilance ligamentaire

L'œstrogène atteint son pic. La LH (hormone lutéinisante) déclenche l'ovulation. La progestérone commence à monter.

Ce qu'on observe sur la performance : pic de force, flexibilité accrue, performance globale souvent à son maximum.

Ce qu'on observe sur le risque de blessure : c'est ici que ça se complique. Une revue systématique de 2024 portant sur 743 participantes a montré que la laxité du ligament antérieur du genou augmente significativement à partir de l'ovulation et atteint son pic en phase lutéale. À charge égale, le genou est plus « lâche ». Ce n'est pas anecdotique : les femmes ont un risque de rupture du ligament croisé antérieur 2 à 8 fois supérieur aux hommes selon les sports, et le cycle est l'un des facteurs candidats pour expliquer cette différence.

Ce que ça implique pour le coach : la phase ovulatoire et la phase lutéale ne sont pas l'occasion de programmer des changements de direction explosifs avec des charges externes maximales chez quelqu'un qui n'a pas une excellente technique. Ce n'est pas une raison pour annuler le travail pliométrique — c'est une raison pour insister sur la qualité technique, l'échauffement, et le travail neuromusculaire préventif.

Phase lutéale (jours 15 à 28) — la phase la plus mal comprise

C'est la phase post-ovulatoire. La progestérone domine, l'œstrogène redescend. Le corps se prépare à une éventuelle grossesse — ce qui, en termes physiologiques, signifie : augmentation de la température corporelle, rétention d'eau, modification du métabolisme énergétique (utilisation accrue des graisses comme carburant).

Ce qu'on observe sur la performance :

  • La capacité aérobie reste très proche de la normale.
  • Une revue 2024 sur l'impact des fluctuations hormonales suggère même que les capacités aérobies et anaérobies peuvent être légèrement supérieures chez certaines sportives en phase lutéale.
  • La force maximale dynamique est typiquement légèrement réduite, surtout en lutéale tardive.
  • La perception de l'effort augmente. À charge identique, ta coachée trouvera la séance plus dure.

Ce qu'on observe sur la fatigue et le sommeil :

Ce qu'on observe sur les blessures : c'est ici que les données sont les plus frappantes. Dans cette même étude sur 59 athlètes adolescentes élite suivies pendant une saison, 78 % des blessures survenues sur l'année se sont produites en phase lutéale, contre 22 % en phase folliculaire (p = 0.012). Pour les blessures articulaires et ligamentaires, c'était 88 % en lutéale. Pour les blessures musculo-tendineuses, 71 %.

Ce que ça implique pour le coach : la phase lutéale n'est pas la phase à « éviter ». C'est la phase à adapter. Concrètement : volume modéré plutôt que volume haut, qualité technique plutôt que charge externe, échauffements plus longs et plus structurés, vigilance accrue sur les exercices à risque articulaire. Et surtout : ne pas confondre une baisse de performance attendue avec une régression de la sportive.


Le débat sur le risque de blessure : ce que la recherche dit (et ne dit pas)

C'est probablement le sujet le plus brûlant du moment, et il mérite une mise au point honnête.

Les ruptures du ligament croisé antérieur (LCA) chez les footballeuses professionnelles ont explosé ces dernières années. Beth Mead, Vivianne Miedema, Sam Kerr — la liste s'allonge. Et la communauté scientifique cherche depuis des années à comprendre pourquoi les femmes sont 2 à 8 fois plus exposées que les hommes selon les sports.

Le cycle est l'une des pistes. Mais la science n'a pas encore tranché.

D'un côté, plusieurs études convergent vers l'idée que la laxité ligamentaire varie au cours du cycle. La revue systématique 2024 sur la laxité antérieure du genou montre que cette laxité est minimale en phase folliculaire précoce, augmente pendant l'ovulation, et atteint son pic en phase lutéale. La progestérone et la relaxine sont fortement corrélées à cette laxité (r = 0.70 à 0.76 pour la progestérone). À charge mécanique égale, le genou « bouge » plus en lutéale qu'en folliculaire.

De l'autre côté, une méta-analyse parue en 2026 dans Scientific Reports sur 318 athlètes ne trouve pas de différence statistiquement significative dans le taux de blessures musculaires entre phase folliculaire et phase lutéale. Risque relatif poolé : 1.18, p = 0.46. La certitude des preuves est jugée « très faible » à cause des limites méthodologiques.

Comment réconcilier ces deux résultats apparemment contradictoires ?

D'abord en regardant attentivement ce qui est mesuré. La laxité ligamentaire (un surrogate biomécanique) varie clairement avec le cycle — c'est un fait physiologique mesurable. Le taux de blessures réel (l'outcome clinique), lui, est plus difficile à mesurer parce que les blessures sont multifactorielles : technique, fatigue accumulée, charge d'entraînement, contexte du match, état mental.

Ensuite en notant que les études prospectives bien menées (comme celle sur 59 adolescentes élite) trouvent un signal fort en faveur d'un risque accru en lutéale, mais les effectifs restent petits.

C'est précisément pour clarifier tout ça que la FIFA finance depuis 2025 une étude prospective dirigée par Blake Rivers à l'Université Kingston de Londres, qui suit des footballeuses professionnelles de Chelsea et Fulham avec prélèvements sanguins réguliers et analyses biomécaniques (atterrissages, changements de direction). Les premiers résultats sont attendus en 2026-2027.

Ce que ça veut dire pour ta pratique aujourd'hui : on n'a pas encore de protocole « anti-blessure » validé qu'on pourrait appliquer en suivant le cycle. Mais on a des indices convergents qui justifient de :

  • Insister davantage sur la technique en phase ovulatoire et lutéale, surtout sur les exercices à risque articulaire (atterrissages, changements de direction, pliométrie lourde).
  • Surveiller la fatigue subjective et le sommeil qui se dégradent en lutéale tardive — la fatigue est elle-même un facteur de risque blessure connu, indépendamment du cycle.
  • Ne pas surcharger en lutéale tardive si la sportive te signale fatigue, mauvais sommeil, perception d'effort augmentée. Pas parce que c'est dangereux par essence, mais parce que la combinaison de tous ces facteurs augmente le risque.

Pourquoi l'individualisation prime sur les recettes

Si tu retiens une seule chose de cet article, que ce soit celle-là.

Il est tentant de transformer ce qu'on vient de lire en un protocole standardisé : programme A pour la folliculaire, programme B pour l'ovulatoire, programme C pour la lutéale. Tu trouveras ce genre de protocoles dans plein d'articles sur internet et dans certaines applications. Ils ont tous le même problème : ils traitent toutes les femmes comme si elles étaient identiques.

Or ce que la recherche montre, séance après séance, étude après étude, c'est l'inverse : la variation individuelle est énorme.

Certaines de mes coachées sont quasi-asymptomatiques pendant leurs règles. Elles font leurs meilleures séances ces jours-là. D'autres ont des règles tellement douloureuses qu'elles ne peuvent rien faire d'intense pendant 48 heures. Certaines vivent leur lutéale tardive comme une catastrophe physique et mentale. D'autres ne sentent presque rien.

Ce n'est ni génétique, ni psychologique seulement. C'est un mélange complexe de génétique, de réponse hormonale individuelle, de stress de vie, de qualité du sommeil, de nutrition, d'entraînement antérieur. Et ça ne se devine pas — ça s'observe.

C'est ce que conclut McNulty et son équipe avec une formulation que je trouve parfaite :

« Sur la base de cette méta-analyse, des recommandations générales sur la performance à travers le cycle ne peuvent pas être formulées ; nous recommandons plutôt qu'une approche personnalisée soit adoptée, basée sur la réponse de chaque individu. »

Ce que ça veut dire concrètement pour toi en tant que coach : ton rôle n'est pas d'appliquer un protocole générique. C'est de créer un espace d'échanges qui permet à la sportive de prendre conscience de ses propres ressentis, et d'intégrer ce qu'elle te partage dans ton coaching.


Comment programmer en pratique : trois cas concrets

Plutôt que de te donner un tableau abstrait, voilà trois cas inspirés de coachées que j'accompagne. Ils donnent une idée de comment les recommandations générales se déclinent dans une pratique réelle.

Cas 1 — Léa, 28 ans, Hyrox, cycle régulier sans symptômes marqués

Léa a un cycle régulier de 28 jours. Elle ne ressent pas de symptômes prémenstruels handicapants. Pendant ses règles, elle a un peu moins d'énergie le premier jour mais ça passe vite.

Ce que je fais : je ne modifie quasiment pas sa programmation sur la base du cycle. Je lui demande simplement de me signaler dans son suivi quotidien si elle ressent une variation. Sur 6 mois de suivi, on a noté qu'elle performe légèrement mieux en folliculaire tardive — ses meilleurs records sont tombés à ce moment-là. Donc quand on planifie une séance test (1 RM, ou benchmark Hyrox), on essaie de la caler dans cette fenêtre. Pas systématiquement, mais quand c'est possible.

Cas 2 — Sarah, 34 ans, course à pied longue distance, lutéale difficile

Sarah a des phases prémenstruelles compliquées. Sommeil dégradé une semaine avant les règles, irritabilité, fatigue diffuse, parfois des migraines.

Ce que je fais : sur sa semaine pré-règles, on baisse le volume d'environ 15-20 % et on remplace une séance d'intensité par une séance de qualité technique (foulée, gainage). Pas parce qu'elle ne pourrait pas tenir l'intensité — elle pourrait. Mais parce que le coût mental est trop élevé et qu'on a constaté qu'après une semaine pré-règles « forcée », elle met deux semaines à retrouver son niveau au lieu d'une. Faire moins en lutéale tardive lui permet de faire plus le reste du mois.

Cas 3 — Émilie, 31 ans, CrossFit, sous contraception hormonale

Émilie est sous pilule en continu. Elle n'a quasiment plus de règles. Son cycle hormonal naturel est masqué par la contraception, ce qui rend l'analyse phase par phase non pertinente.

Ce que je fais : je ne suis pas le cycle « naturel » dans son cas. Je me concentre sur ses indicateurs subjectifs quotidiens (sommeil, énergie, motivation) et sur sa réponse à l'entraînement. Sa contraception lui apporte de la stabilité, ce qu'elle apprécie. Ce qui m'intéresse, c'est le signal qui sort de son ressenti, pas la phase théorique.

Tu vois la logique : les recommandations générales sont des hypothèses de départ, pas des règles absolues. La donnée qui prime, c'est ce que la sportive elle-même rapporte sur son ressenti, sa performance, son sommeil, son humeur — semaine après semaine.


Comment intégrer le cycle dans ta pratique sans être intrusif

C'est probablement la question qui te bloque, si tu n'as pas encore commencé à le faire. Comment poser la question sans mettre la sportive mal à l'aise ? Comment en parler comme d'une donnée d'entraînement plutôt que comme d'un sujet intime ?

Trois choses qui marchent dans ma pratique.

Premièrement, normaliser dès l'onboarding. Quand une nouvelle coachée signe avec moi, on a une conversation initiale où je liste les variables qu'on va suivre : sommeil, énergie, stress, charge d'entraînement, alimentation, et — si elle est concernée — cycle menstruel. Le ton est neutre, factuel. Je leur explique pourquoi c'est utile. La plupart sont surprises positivement. Beaucoup me disent : « Ah, enfin unE coach qui en parle ! »

Deuxièmement, laisser le choix. Toutes mes coachées ne souhaitent pas suivre leur cycle. Certaines pour des raisons personnelles, d'autres parce qu'elles n'en voient pas l'intérêt à ce stade. C'est OK. Je leur explique que la donnée est utile mais pas obligatoire, et que la décision leur appartient. La majorité accepte, mais c'est leur choix, pas le mien.

Troisièmement, le suivi doit être léger. Si on demande à une sportive de remplir un journal détaillé chaque jour, ça ne tient pas trois semaines. Ce qui tient, c'est un suivi quotidien très court — 30 secondes, quelques curseurs sur sommeil, énergie, stress, état général — et une mention discrète du cycle quand c'est pertinent (jour de cycle ou phase). Pas plus. Le coach lit les tendances, pas les textes.

C'est aussi pour ça que je suis convaincue depuis longtemps que le suivi sportif sérieux ne peut plus passer uniquement par WhatsApp. Une sportive ne va pas t'envoyer un message tous les jours pour te dire « j'en suis au jour 18 de mon cycle, j'ai dormi 6h, énergie 5 sur 10 ». Mais sur un rituel court structuré, oui — j'en ai parlé en détail dans mon précédent article sur ce que cache vraiment le « ça va » de tes sportifs, et j'ai posé les chiffres concrets sur ce que coûte un suivi bricolé dans ce calcul honnête sur les heures perdues à rien.

Quand on collecte les bonnes données, simplement, régulièrement — le cycle devient juste l'une des variables qu'on lit dans le tableau d'ensemble. Pas un sujet à part. Pas un tabou. Juste une donnée parmi d'autres.

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Ce que tes coachées attendent que tu remarques

Ce qui me frappe le plus, depuis que j'ai intégré le cycle dans le suivi de mes coachées, c'est leur réaction quand on en parle pour la première fois.

Souvent, c'est du soulagement. Comme si elles avaient cette donnée qu'elles ignoraient pouvoir partager. Comme si quelqu'un, enfin, leur disait que ce qu'elles ressentaient n'était ni dans leur tête, ni un problème à régler en silence.

Une de mes coachées m'a dit, quelques mois après qu'on ait commencé à intégrer son cycle dans la programmation : « J'ai l'impression que tu me connais mieux que moi. »

Ce n'est pas de la magie. C'est juste qu'on s'est donné les moyens d'observer ce qui se passait. Et qu'on a traité ses ressentis comme des données légitimes plutôt que comme du bruit à ignorer.

C'est probablement ce qui te démarque le plus, en tant que coach, quand tu accompagnes des femmes. Pas la qualité de tes programmes — beaucoup de coachs font des programmes corrects. Pas ta connaissance technique — elle est nécessaire, mais elle est partagée. Ce qui te démarque, c'est ta capacité à voir et à prendre en compte des dimensions que tes confrères ignorent.

Et le cycle menstruel, dans le coaching de sportives, c'est exactement ça : une dimension que la plupart des coachs ignorent par méconnaissance, par malaise, ou par paresse intellectuelle. Celle ou celui qui s'y intéresse vraiment crée une relation que personne d'autre ne propose.

Il peut être intéressant de se former sur le sujet — c'est toute l'idée d'un suivi plus complet : continuer d'apprendre pour mieux accompagner. Mais tu n'as pas besoin de devenir gynécologue ni de connaître par cœur toutes les fluctuations hormonales pour commencer.

En posant les bonnes questions, en récoltant les données, en les intégrant dans ta réflexion de planification, en te servant des retours de tes coachées pour ajuster — elles se sentent écoutées. Et l'essentiel du travail est déjà fait.

L'écoute, c'est ce que tes coachées attendent de toi depuis le début.


Sources


Manon Gaulard est préparatrice physique et mentale certifiée, cofondatrice de Teeltrack. Elle accompagne des sportifs en Hyrox et dans d'autres disciplines depuis plus de 5 ans.